Amaël MOINARD, en pleine forme pour attaquer sa 2ème partie de saison

 A 34 ans, le Manchois Amaël Moinard, équipier de Richie Porte chez BMC, termine la première partie de sa saison. C’est en pleine forme qu’il s’apprête à attaquer la deuxième partie sur Le Critérium du Dauphiné Libéré, et espérons-le, sur le Tour de France 2017. Zoom sur un coureur-cycliste passionné et persévérant.


CYCLISME  –  «La qualité essentielle d’un cycliste : l’abnégation»


Mathilde Tirapu : Comment es-tu devenu passionné ?

Amaël Moinard : « Dès mon plus jeune âge j’étais très énergique et passionné de sports. Puis quand on est enfant on découvre très vite ce pour quoi on est bon. On a remarqué mon endurance, puis tout est allé très vite ! A 10ans, je roulais en BMX dans mon quartier à Cherbourg, puis en VTT et en vélo de piste. Dès 15 ans  j’ai été licencié pour essayer en club. Ça m’a rapidement plu et j’ai très vite eu des résultats : j’ai intégré des sélections départementales, régionales, puis à 18ans, j’ai été licencié en équipe de France. »

Quels ont été tes premiers vélos ?

« Un BMX, toujours vivant que mon garçon utilise !  Ensuite un Giant basique. »

A quel âge es-tu devenu pro ?

« J’ai été jusqu’au Master en sciences sociales, ça me plaisait puis de plus en plus épris par le vélo et sans perspective professionnelle autre que le vélo, j’ai voulu essayer de « vivre vélo » pendant 1 an. Je ne me suis pas posé trop de question et j’y suis allé. Cette année fut décisive pour moi, ce mode de vie, cette façon de se dépasser m’ont séduit.  Au bout de cette année de sacrifice, en 2005, j’ai été repéré par Cofidis et suis allé dans le sud. J’avais 23 ans. »

Qu’en ont pensé tes parents ? « Les études d’abord 

« Le loisir ne me suffisait plus. Licencié à 15 ans, j’ai voulu essayer en club et ça m’a conquis ! Mes parents me prenaient au sérieux, mais tout comme moi étaient rassurés que j’obtienne mon Baccalauréat et que je continue jusqu’en master avant de faire du vélo ma vie. En effet, quand je suis devenu pro, c’ était des années « pourries » par le dopage. Ainsi, je n’avais aucune certitude d’avoir le niveau et l’envie pour devenir pro. »

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Amaël Moinard dans le sud sur son lieu de résidence et d’entrainement

Comment as-tu géré ta vie professionnelle avec tes amis et ta famille ?

« C’est un mode de vie à prendre ! Avoir une vie sérieuse, une hygiène de vie saine, mais tout cela est supportable car on vit des périodes intenses où le vélo vous prend toute votre vie, toute votre énergie, mais j’ai

aussi de longues périodes où je relâche la pression. Il y’a des moments difficiles puis des moments de pur plaisir, c’est comme tout. ».

Où t’entraines-tu?

« Pas dans la Manche, même si c’est ma terre natale et que j’y suis très attaché. Le Sud, c’est une volonté de ma part pour m’entraîner de façon optimale : le climat, la montagne ; il y a tout pour optimiser mes entrainements, mes récupérations, mes déplacements sur les compétitions etc. C’est grâce à ces conditions que j’ai une longue carrière »


« Le Sud, c’est une volonté de ma part pour m’entraîner de façon optimale (…) C’est grâce à ces conditions que j’ai une longue carrière ! »


Selon toi, quelles qualités sont nécessaires pour être cycliste professionnel ?

« L’abnégation ; être têtu, ne pas écouter les autres et être sûr de sa réussite. Il faut avoir envie, être vraiment déterminé, sérieux et vouloir aller loin dans la douleur!»

Un conseil pour les jeunes passionnés?

« Persister et ne pas trop écouter les gens autour de vous. Il faut croire en ses capacités et apprendre à ne pas trop s’écouter pour passer au-dessus de certaines contraintes. »

Quelle est ta plus belle victoire dans ta jeunesse?

« A Montpinchon, dans mon département de la Manche en espoir à 22ans. C’est une course décisive qui m’a confirmé que j’allais passer chez les pros par la suite. »

Tu as à ton actif 7 participations équipières au Tour de France , quel en est le plus beau souvenir ?

« Le départ du Tour de France dans la manche était pour moi une expérience inoubliable. »

As-tu eu des moments de doutes ?

« Lors de ma deuxième année pro, je me suis blessé trois fois en six semaines. Avec tous les équipements que j’étais contraint de porter et les moments de récupérations, j’ai perdu confiance. Mais dans tous les cas, j’avais fait des études, donc j’avais toujours une porte ouverte. »

Tu gères une Page Facebook de 2300 fans : quelles en sont les nationalités ?

« Même si toutes les nationalités me suivent, je communique en français car je suis fier d’être français, et suis connu chez BMC pour être le seul français. Au moins, je suis sûre de maîtriser, et j’évite les fautes et mauvaises interprétations. Ça prend beaucoup de temps, et j’suis pas très bon pour ça, puis j’ai aussi une vie à côté, alors je ne traduis plus. »

 


BMC, déjà 7ans – « L’objectif de l’équipe pour 2017 est de devenir la 1ère mondiale. »


Peux-tu nous parler de l’équipe ?

« BMC c’est la 3ème plus grosse équipe mondiale au niveau de sa structure. L’objectif de l’équipe pour 2017 est de devenir la 1ère mondiale. On vient des quatre coins du monde, ainsi, on se regroupe pour la préparation de saison en décembre – janvier, puis sur les lieux de compétitions 48h avant chaque course. Il y a une bonne ambiance au sein de l’équipe, mais l’atmosphère reste au travail et à la performance. On a une tâche à faire, et on est là pour pousser l’équipe vers le haut. On a des directeurs sportifs et entraineurs qui envoient nos entrainements sur un serveur, et j’ai une application mobile pour les lire. Après mon entrainement, je leur retranscris mes performances, difficultés et sensations, et ils adaptent, à distance, un entrainement pour la fois suivante. »

Comment es-tu arrivé dans l’équipe BMC Racing Team en 2011 ?

« J’ai toujours été attiré par la découverte de l’étranger. A l’époque de Cofidis, c’était en 2010, après avoir gagné une étape à Paris Nice, j’ai demandé à mon agent irlandais de frapper à la porte d’une équipe étrangère. J’ai eu plusieurs sollicitations, mais BMC m’a tout de suite plu ! »

Tu es le seul Français dans l’équipe, as-tu parfois des difficultés à communiquer ?

« C’était un peu difficile parfois, mais j’ai pratiqué les langues pendant mes études supérieures. Alors en prenant quelques cours, c’est venu naturellement. J’ai toujours aimé travailler de moi-même.

As-tu un équipier favori au sein de l’équipe ?

« Richie Porte ! On s’entend bien, et ça c’est le bon côté du sport d’équipe. C’est à ses côtés que je me vois au Tour de France, si je suis qualifié ! »

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Amaël Moinard et Richie Porte, son leader sur une course

Un objectif personnel pour l’avenir ?

« La première partie de la saison se termine. Je l’enchaîne sur le Critérium du Dauphiné Libéré en juin avec Richie Porte. Cela est décisif pour redéfinir mes objectifs. La composition de l’équipe pour le Tour de France 2017 se fera en fonction de ma forme au Dauphiné, 10 jours avant le Tour.»

Comment te situes-tu face à la composition de l’équipe BMC au Tour de France 2017 ?

« Je pense que ça va aller car je m’entraine très bien et puis je me sens bien depuis le début de saison. Après ça dépend de la stratégie de l’équipe et de leurs objectifs ! »


« Après Cofidis, j’ai eu plusieurs sollicitations de la part d’équipes, mais BMC m’a tout de suite plu !! »


Une exigence pendant une course ?

« Pour donner 100% de moi-même, il faut que je m’entende bien avec le leader, mon équipier. Et ça les entraineurs en tiennent compte pour la composition des équipes, notamment sur le Tour. »

Quelle est ta course favorite et celle que tu détestes?

« Liège-Bastogne-Liège ! J’aime bien l’approche de cette course. C’est une course de longueur de 260km, elle a une progression crescendo vers la difficulté. La flèche Wallonne n’est pas ma course préférée : tout est fait pour faire une arrivée difficile en côte avec le mur de Huy, et c’est vraiment pas ma tasse de thé ! »

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Le cyclisme est assez médiatisé, avez-vous été amené à avoir la « grosse tête » ?

Ça n’est pas par rapport aux médias, mais plus parce que quand on est cycliste on vit dans un microcosme, et on a l’impression que tout tourne autour du cyclisme car ça prend énormément d’énergie et de temps. Quand on n’a rien à côté on peut vite avoir l’impression d’être le roi du monde. Or on est le roi…du monde du cyclisme ! Et cela ne dure pas si longtemps quand ça arrive et il faut vite rétropédaler car la vie est un long cycle, la roue tourne toujours quoi !  Je n’ai pas eu la grosse tête car j’ai toujours gardé les pieds sur terre. Ce que l’on vit est assez lourd, et depuis que je suis tout jeune j’ai toujours eu conscience que j’allais vivre des hauts et des bas. C’est bien d’être euphorique quand tout va bien mais ça change toujours. De plus j’avais toujours une porte de sortie en menant des études !»

 


CONFIDENCE


Quel enfant étais-tu ?

« Un enfant plein d’énergie, curieux et têtu. J’avais des difficultés à me concentrer, notamment au tennis. J’avais toujours envie d’être dehors, voilà pourquoi le vélo ! Mais j’étais assez stratège, et j’adorais les jeux de société et vidéo. J’étais surtout passionné de sport, très touche à tout, imagine ! (rires) »

Des idoles ?

« Vers 11ans, j’étais fan de coureurs-cyclistes comme Richard Virenque et Thierry Marie, un coureur Manchois de chez moi. Mais j’étais aussi un enfant mordu de tennis, avec André Agassi ; et de foot. Alors je te laisse deviner mon idole : Zizou !! »


« J’ai de la chance de faire ce que j’aime, et je peux m’entrainer chez moi. J’ai des moments difficiles quand faut partir mais aussi des moments de plaisir »


Vous en 1 mot ?

« Têtu !! »

Une qualité ? Un défaut ?

« Ce même mot qui peut être une qualité et un défaut!»

Optimiste ou pessimiste ?

« Optimiste ! »

Posé ou hyperactif ?

« Je suis posé car le sport de haut niveau me contraint à l’être, je n’ai pas le choix ça me prend toute mon énergie et je dois la concentrer pour la compétition ! »

Comment abordez-vous le sport et votre métier avec vos enfants ?

« Je me vois à travers eux, avec toute l’énergie qu’ils dégagent ; j’en suis fier ! Je les incite toujours à faire du sport mais celui qu’ils auront choisi. »

D’autres équipes vous « démarchent » ?

« Je pars de principe que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, mais moi je sais où je suis, je m’y sens bien depuis 7 ans, ça n’est pas rien ! Quand on est bien quelque part ça ne sert à rien d’aller chercher ailleurs ! »

Vous avez été élu en 2015 « 1er coureur-cycliste le plus attirant pour les filles » par l’université de Zurich… Une réaction ?

« Au début, quand on m’a contact, j’ai cru que c’était une blague, car je ne pensais pas qu’ils allaient faire un classement comme ça ! C’est toujours agréable quand on est en bonne position dans ce type de classement. Ma femme était contente et fière d’elle ! (rires) Mais quand je lui ai dit qu’elle allait avoir des concurrentes elle a eu un peu peur aussi ! (rires) »

Il n’est pas trop difficile de vivre une vie de famille ?

« Y’a rien de simple ! Mais c’est pour tout le monde pareil ! La vie professionnelle est compliquée et la vie en générale en mutation ! Moi j’ai de la chance de faire ce que j’aime, et je peux m’entrainer chez moi. J’ai des moments difficiles quand faut partir mais aussi des moments de plaisir où je m’entraîne le matin et je vais chercher et porter mes enfants à l’école, passer du temps avec eux, leur fait découvrir et partager autre chose. C’est une vie différente de la majorité des français, mais c’est une vie plaisante, il faut vivre le moment présent !  Je suis toujours à droite à gauche, j’ai un emploi du temps compliqué, et il est difficile de remonter dans la Manche plus qu’1 à 3 fois par an. Mais je l’aime toujours autant, c’est mon enfance, là où se trouve ma famille. »

Mathilde TIRAPU

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