L’étape du Tour : Briançon – Col de l’Izoard

Après Saint Jean de Maurienne – La Toussuire en 2015 et Megève – Morzine en 2016, j’ai participé le weekend dernier à l’Etape du Tour 2017, qui se déroulait entre Briançon et le Col de l’Izoard. Ce fut une magnifique édition qui s’est déroulée sous un superbe soleil estival. Ma préparation pour cette édition 2017 a été plus légère que les années précédentes. Avec un peu plus de 3000 kms au compteur depuis le début Janvier, il ne fallait pas s’attendre à un miracle. Cette année, l’objectif était avant tout de prendre du plaisir sur le vélo et éventuellement d’aller chercher un Top 500 si les jambes étaient au rendez vous.

Les jours avant l’Etape du Tour 2017

Cette année, nous louons un chalet à Guillestre, à 30 kms au sud de Briançon, un petit village typique, situé entre le col de Vars et le col de l’Izoard, idéalement situé pour cette épreuve. Le chalet étant très grand (capacité de 13 personnes) Une équipe de 5 anglais nous a rejoins pour partager ce week end sportif. Ce fut une formidable rencontre, pleine de bonne humeur !

Le voyage jusqu’à notre chalet ne fut pas de tout repos ! Après avoir traversé la France via Laval – Le Mans – Tours – Vierzon – Bourges – Lyon, nous prenons le parti de passer par Chambéry pour rendre une petite visite à mon frère, Pierre, à Aix les Bains, jusque là, tout va bien, c’est après que ça se complique. En repartant de Aix les Bains, nous suivons (peut être aveuglement !) notre GPS qui a décidé de nous faire passer par la vallée de la Maurienne et par… le tunnel du Fréjus. Aprés 1 heure de bouchon, nous arrivons à l’entrée du tunnel pour apprendre que le péage allait nous coûter… 43.50€ le passage (oui la virgule est au bon endroit !) Gloups, même si nous venons de passer 1 heure dans les bouchons, on décide de faire demi tour et de passer par le col du Télégraphe et le col du Galibier. Au final, nous arrivons à 22h00 au chalet, aprés 15 heures de voyages. La nuit promet d’être bonne !

La fine équipe !

Décontraction et retrait des dossards

Après une bonne nuit de sommeil, nous consacrons la journée du vendredi à une petite décontraction musculaire le matin, et au retrait des dossards l’après midi. Nous partons reconnaître l’unique descente de cette Etape du Tour, la descente du col de Vars. Une descente de 19 kms très facile, sur un bitume en excellent état. Aucun danger majeur dans cette descente, les virages sont bien indiqués et nous ne rencontrons aucune mauvaise surprise. Le pied du col se situait à 2 kms du chalet, à peine de quoi faire monter le cœur que nous étions déjà dans des pentes à 6/7% de moyenne. Avec le voyage de la veille, les jambes avaient du mal à répondre aux premiers coups de pédales.

Arrivée au Col de Vars

Arrivée au Col de Vars

Après une ascension calme et sans réelle difficultés, une petite photo en haut du col en guise de souvenir, nous redescenons au chalet pour clôturer la sortie avec 40kms et un dénivelé positif de 1160m (quand même !). En rentrant, nous avons la chance d’avoir un petit ruisseau qui passe derrière le chalet et nous en profitons pour faire une séance de cryothérapie, parfaite pour la récupération.

L’après midi, c’est Tour de France au programme, histoire de se mettre dans le bain pour le chantier qui nous attend dimanche, et au passage faire le plein de motivation. L’étape courte entre Saint Girons et Foix nous fait vibrer avec la victoire de Waren Barguil, au panache.

En fin d’après midi, nous nous rendons sur le Village de l’Etape du Tour, à Briançon, pour retirer nos dossards. Cette année, j’ai le dossard 142, ce qui me permet de partir dans les premières positions, dans le SAS 0. En partant à cette position, nous avons le plaisir d’ouvrir la route de cette édition 2017 pendant prés de 100kms, jusqu’au pied du col de Vars, où les hostilités ont commencé pour les prétendants à la victoire.

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J-1 : Décontraction musculaire et recharge des batteries

Nous sommes samedi, la veille de l’étape du Tour 2017. Le météo est excellente et nous décidons d’aller tourner les jambes, tous ensemble, sur la route qui mène au Col de l’Izoard. Il est 10h30, nous partons pour une sortie de 1 heure. Dernière chance pour éliminer les dernières toxines accumulées par le voyage. Dés les premiers kilomètres dans les Gorges du Guil, les paysages sont magnifiques, nous longeons la rivière sur une route sinueuse en excellent état. Nous ne sommes pas les seuls sur cette route, beaucoup de cyclistes participants à cette édition 2017 font comme nous et viennent tourner les jambes sur ces routes qui n’excèdent pas les 2% de dénivelé. Après 14 kms, nous arrivons au pied du col, et là, les pentes s’accentuent, il est temps pour nous de faire demi tour et de garder nos forces pour demain.

Le retour se fait dans la bonne humeur, comme c’est le cas depuis le début du séjour avec nos récents amis anglais. Certains s’emploient à quelques sprints sur les faux plat descendant qui mènent  Guillestre, histoire de faire monter un peu le cœur.

Décontraction à J-1

Décontraction à J-1

Nous sommes de retour au chalet et nous démarrons notre deuxième séance de cryothérapie naturelle, dans le petit ruisseau situé derrière la maison. Après 20 secondes, les douleurs disparaissent et les jambes deviennent très légères.

C’est maintenant l’occasion de recharger les batteries, à tous les niveaux. Au menu ce midi, des pâtes au pesto, préparées par notre ami franco-anglais, Aymeric. Pendant ce temps, je branche tous mes appareils électroniques qui pourraient m’être utiles pendant la journée de demain : mon téléphone, mon GPS Garmin et ma transmission électrique Di2 de mon vélo, tout doit être à 100% pour le départ, pour affronter les 7 heures de selle qui m’attendent. D’ici ce soir, tout sera chargé et je n’aurai plus qu’à préparer mon sac.

Gros couac pour l’un des anglais qui vient de nous rejoindre. Hier il a changé sa cassette pour mettre une 11×32, sans prendre le soin de régler au préalable son dérailleur. L’erreur est fatale, le dérailleur se casse en 2 au moment de monter tout en haut. Gros coup de pression pour Simon, qui vient d’arriver. Nous sommes samedi, il est 18h30 et son dérailleur est cassé en 2. Ni une ni deux, il prend sa voiture et file à Briançon, au Village de l’Etape, pour aller voir le staff Shimano. Par chance, ils ont un dérailleur arrière Dura Ace 11v en stock et le dépanne à la dernière minute, Simon pourra prendre le départ.

Le soir, c’est l’heure des pronostics. Chacun estime le temps qu’il va mettre pour boucler les 180kms, avec plus ou moins d’approximation. Au final, on en sait rien car nous manquons totalement d’expérience sur ce type de parcours montagneux. La seule chose que nous savons tous c’est que ça sera dur, et que le mental sera notre seul allié pour terminer cette épreuve mythique.

A 22h00, tous les sacs sont prêts, les vélos sont dans le coffre du fourgon et le réveil est programmé à 4h30, pour un départ à 5h00 du chalet.

Jour J – L’Etape du Tour 2017

Nous y sommes, le réveil a sonné à 4h30 et à 4h31 nous sommes au petit dej. Les mines sont tirées par le manque de sommeil et le réveil trop matinal. Il ne fait pas encore jour dehors mais la température est bonne avec 12° au thermomètre, c’est rassurant. La météo du jour annoncée est parfaite, pas un nuage et des températures qui ne devraient pas dépasser 30 degrés, on ne revivra pas l’édition 2015 où la chaleur avait jouait contre nous.

5h03, nous quittons le chalet et nous nous dirigeons vers Briançon. Rapidement, le trafic s’épaissit et les voitures venant de toute part provoquent des ralentissements. Nous avions prévu le coup et donc, nous arrivons à 6h00 sur place à Briançon, où nous trouvons rapidement une place pour se garer, à seulement 500m de la ligne de départ. Entre temps, le soleil s’est levé et il fait parfaitement jour. Les rues grouillent de cyclistes, habillés de toutes les couleurs, de tous les niveaux. Nous sommes 15000 au départ, répartis en 15 sas.

Départ du sas 0

Départ du sas 0

Dans le sas 0, la tension de certains se fait clairement ressentir. Alors que nous sommes sur une cyclo-sportive, sans aucun enjeu majeur, certains n’hésitent pas à s’insulter et se donner des noms d’oiseaux, pour tenter de garder leur précieuse place. Ils auront tout le temps de se défouler dans quelques minutes, lorsque le départ sera donné.

7h00, le départ est donné à l’heure, et je vois déjà des centaines de cyclistes s’élancer devant moi. Je pars à 7h01, seulement 1 minutes après les premiers, mais c’est déjà suffisant pour avoir à faire un bel effort pour boucher les quelques trous qui se sont déjà formés au bout de quelques centaines de mètres. Je rentre sur la tête de la course, composée d’environs 250 cyclistes après une chasse de quelques kilomètres, et je me pose dans les roues, pour m’économiser en vue des difficultés à venir.

Le profil de l’étape est atypique. D’un coté il n’y a que 2 cols à franchir, mais d’un autre il y a quand même 3700m de dénivelé positif à avaler. Je commence à me poser quelques questions, dois-je me faire plaisir à tenter de suivre les premiers jusqu’au col de Vars ou dois-je jouer la sécurité et arriver frais au bout des 110 premiers kilomètres pour assurer dans les cols ? Dans tous les cas, ma condition physique ne me permet pas de prétendre à un meilleur résultat que les années précédentes. Ma décision est vite prise, je décide de m’amuser sur les premiers kilomètres et de suivre les meilleurs. On verra bien ce qu’il reste dans le réservoir au pied du col de Vars… de toute manière, si la tête dit oui, les jambes suivent !

Profil de l'étape du Tour Briançon - Col de l'Izoard

Profil de l’étape du Tour Briançon – Col de l’Izoard

Nous partons très rapidement sur les pentes descendantes qui mènent à Embrun. Des petits groupes de 3/4 coureurs sortent mais se font rapidement rattraper. J’ai des bonnes jambes en ce début de course, alors je décide de sortir moi aussi et d’ouvrir la route, pour me faire plaisir. Le plaisir a duré 1km avant de me faire reprendre par un peloton à vive allure, où je retrouve mes positions. Aprés 10/15 kms, je crois reconnaître une figure connue dans le peloton, je remonte un peu, et je découvre que Thor Hushovd est parmi nous, le Peter Sagan des années 2000 à 2010. Quel régal de partager la route avec lui.

La côtes des Demoiselles Coiffées

Première difficultés du jour, cette côte se passe plutôt bien pour moi, même si je me retrouve dans un 3ème peloton, à quelques dizaines de secondes des premiers. Je monte à un bon rythme, pour ne pas perdre trop de temps, mais je ne me mets pas dans le rouge, pour éviter de trop taper dans les réserves. En haut, je bascule avec un groupe d’une trentaine de cycliste, dont Thor Hushovd, et on se met à tourner, dans la descente, pour rentrer sur le groupe devant nous. C’est chose faite après une chasse d’une dizaine de kilomètres.

Les paysages sont magnifiques, nous longeons le Lac de Serre-Ponçon. L’eau du lac est turquoise et translucide. Puis nous longeons ensuite les Gorges de l’Ubaye, qui nous mènent tout droit vers Barcelonette, là ou se trouve le ravitaillement. La route vers Barcelonette n’est pas très pentue mais terriblement usante, ça monte entre 2 et 4%, avec des portions de plat où le peloton accélère et se met en file indienne. Le premiers se font la guerre pour sortir et le peloton s’accroche. Je sens que les jambes se durcissent et que les toxines s’accumulent. Peut être un passage à vide, en tout cas même si nous arrivons à la moitié de la course, le plus dur reste à faire, il ne faut pas que je fasse n’importe quoi, mais je n’ai pas envie de me décramponner. Alors je m’alimente, en salé et en sucré, je bois beaucoup, pour éviter une déshydratation ou une fringale.

Nous arrivons au ravito de Barcelonette, et à ma grande surprise, sur le peloton de 300 cyclistes que nous sommes, seulement quelques uns s’arrêtent à se ravitailler, dans la précipitation, et repartent très rapidement, au sprint. Pour ma part, je prends mon temps, je prends ce qu’il faut à manger, car je sais que la route va être longue. Nous sommes à 15kms du pied du col de Vars et je suis déjà exténués. Je repars seul du ravito, à mon rythme. Un groupe de 25 cyclistes me rattrapent au bout de quelques minutes, je prends les roues, toujours sur des pentes en léger faux plat montant, j’ai l’impression d’être collé et je commence à me poser de sérieuse question. Au km 110, je lâche le groupe, incapable de suivre le rythme qui pourtant n’est pas si élevé.

Au km 115, je m’arrête. Je me détend un peu le dos, je fais redescendre le cœur, j’absorbe un gel énergétique, et je repars. Je suis cramé, dans ma tête maintenant il faut au moins que je rejoigne Guillestre, et ensuite j’aviserai si les jambes reviennent, mais au fond de moi, j’ai du mal à y croire.

Le Col de Vars

Je démarre la montée du Col de Vars, vent de dos, avec un autre cycliste. On discute un peu ensemble, il est dans la même situation que moi. Je monte tranquillement le col de Vars, pour optimiser mes réserves, je bascule au sommet et remet mon chasuble pour la descente. Je fais la descente à fond, en profite pour m’alimenter et reprendre mes esprits.

Arrivé à Guillestre, les encouragements remontent le moral et me remotivent pour continuer vers l’Izoard. J’amorce une rampe très pentue vers le ravitaillement et là, les crampes arrivent d’un coup, sur la jambe gauche, impossible de pédaler, obliger de m’arrêter à nouveau, à 100m du ravito. Je m’arrose, j’attends 3 minutes et je repars. Je fais le plein au dernier ravito solide, et je repars vers l’Izoard, sur les routes que nous avons reconnu la veille. Le temps et ma place n’ont plus aucune importance dans mon esprit, je veux seulement terminer cette course et arrivée au sommet du col.

Je croise pas mal de cycliste, complètement usés également, je discute avec eux, et tous ont le même discours : manque de préparation, départ rapide, profil usant. Cependant je ne regrette rien, car je me suis fait plaisir pendant ces 100 premiers kilomètres. On roule donc en petit groupe de 10/12 cyclistes dans la vallée qui mène au col de l’Izoard, en discutant.

Le Col de l’Izoard

Nous y sommes, Col de l’Izoard : 14kms. Dans ma tête, il me reste 14 fois 1 km à faire, c’est rien 1 km. Pour me rassurer je me dis que 14 kms c’est Saint Hilaire – Mortain, c’est pas loin. Les pancartes mises en place par l’organisation aident également à relativiser l’effort. J’ai 166kms dans les jambes, avec un col de 1ère catégorie. Ca fait très longtemps que je n’ai pas parcouru cette distance, et pourtant, il me reste encore 1 col mythique hors catégorie à monter, quel plaisir !

L’ascension démarre correctement, les jambes ne sont pas plus mauvaises que dans le Col de Vars et vont me permettre d’aller jusqu’au bout, je suis rassuré. Je prends mon temps pour monter, sur un braquet 39×30, je suis dans le rythme des coureurs qui me précèdent de quelques mètres. Aprés 5kms d’ascension, les jambes reviennent, elles sont de moins en moins lourdes et tournent de mieux en mieux, alors je décide de baisser une dent, sur la 28 et d’augmenter la cadence, je commence à remonter quelques cyclistes, puis, de plus en plus. Je compte les bornes posées tous les kilomètres, et je surveille les pourcentages, en espérant que ça baisse pour que je puisse encore redescendre une dent. Nous arrivons dans une partie boisée, après avoir passé un petit village. L’ombre des sapins fait du bien, car il est déjà 13h00, ça fait 6h00 que je suis sur mon vélo.

La fin de l’ascension est un réel plaisir, je sens que l’arrivée est proche et mon principal objectif est atteint. Le sommet du col de l’Izoard nous offre une belle récompense, une magnifique vue au loin, sur les routes qui mènent au sommet, pleine de cyclistes en plein effort. Ils sont encore 14000 derrière moi à devoir monter ce col, les derniers passeront vers 21h00 et 3500/15000 ne le verrons pas ramenés par les bus de l’organisation.

La descente vers Briançon et l’après midi au Village

La descente vers Briançon c’est la cerise sur le gâteau. Non chronométrée, j’ai pu me faire plaisir dans cette descente bloquée à la circulation des voitures. Une fois arrivés dans Briançon, nous sommes accueillis par une haie de spectateurs qui applaudissent.

Ensuite, j’ai rejoint Pierre, Aymeric, Simon et Will qui avaient terminés leur étape, nous avons passé l’après midi dans le village, à regarder le Tour de France sur le grand écran mis à disposition de l’organisation et nous avons attendu nos deux courageux amis anglais, Greg et Dave, qui ont bouclé leur étape un peu plus tard dans l’après midi.

Après l'effort, le réconfort

Après l’effort, le réconfort

En résumé, une excellente étape du Tour dans les Alpes avec une très bonne ambiance avec nos amis anglais !

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